Temps de lecture :3 minutes Sujet: Le marché des boissons sans alcool analyse structurelle
Le marché européen des boissons « sans alcool » n’est plus un sous-segment opportuniste : il devient un pilier stratégique, porté par trois forces durables.
D’abord, la modération (moins souvent, moins fort, mieux choisi) s’installe : selon IWSR, 22% des consommateurs déclaraient s’être totalement abstenus d’alcool sur les six mois précédents (mars 2025), ce qui nourrit une demande d’alternatives crédibles « à la place de ».
Ensuite, la contrainte mobilité/sécurité (conduite, travail post-événement, sport) favorise des boissons compatibles avec des agendas plus cadrés.
Enfin, la qualité progresse : la désalcoolisation (sous vide, membranes, colonnes) rapproche l’expérience d’un vin, d’un effervescent ou d’un spiritueux, en limitant l’effet « goût de jus ».
Le signal industriel est clair : l’UE produit déjà à grande échelle, avec 1,8 milliard de litres de bière à moins de 0,5% (ou sans alcool) en 2023 — preuve d’investissements durables (capacités, contrôle qualité, distribution).
Côté demande, Circana (via Reuters) confirme le basculement : les boissons non alcoolisées pèsent près de 60% du marché européen (≈ 166 Md€), avec +5,1% de croissance, quand l’alcool recule (-1,8%). Le sans alcool ne se limite donc pas à la substitution : il élargit les occasions (déjeuner, après-sport, semaine, corporate). Point d’attention enfin : l’étiquetage « alcohol-free » reste hétérogène (seuils variables), avec un risque de perception en marketing transfrontalier.
Belgique : la bière 0,0 tire le reste du marché
En Belgique, la traction la plus lisible vient de la bière : le segment “alcohol-free” a progressé de 24,3% entre 2021 et 2023, et AB InBev indiquait représenter environ 60% du marché belge de la bière sans alcool en 2023. Effet halo immédiat : l’acte d’achat “0,0” devient naturel en grande distribution et dans l’Horeca, ce qui facilite l’acceptation des vins désalcoolisés, des effervescents <0,5% et des spiritueux 0,0 (notamment en cocktail).
Le cadre “produit” reste clé : on retrouve des seuils de référence de type ≤0,5% (bière) et ≤1,2% (vins/fermentés et boissons proches) dans plusieurs référentiels, ce qui influence étiquetage et communication. Pour l’opérateur, la gestion du risque est double : sécuriser la conformité (ABV mesuré, allégations) et rendre lisible la différence entre 0,0 et <0,5% / <1,2%.
Wallonie : le potentiel se joue sur les occasions, pas sur les discours
La Wallonie combine une consommation d’alcool suivie de près et une multitude d’occasions “conviviales mais compatibles” (conduite, sport, contraintes familiales). Sciensano rapporte 156 ml/jour de consommation moyenne d’alcool chez l’adulte en Wallonie (enquête 2022–2023). Ici, le sans alcool vaut surtout comme réduction de risque : garder le rituel sans les externalités (accidentologie, sommeil, récupération, performance).
En conclusion: le “no/low” n’est plus une option, c’est le réflexe premium. L’Europe industrialise, la Belgique normalise via la bière 0,0, et la Wallonie peut accélérer dès que l’offre quitte le rayon “soft” pour entrer dans le registre du moment : apéro, table, cocktail, semaine active, conduite.
